Projet Hercule : les salariés d’EDF (une nouvelle fois) en grève le 19 janvier prochain

La levée de bouclier n’en finit plus chez EDF. En plus de la crise de la COVID-19, le groupe va devoir (continuer à) composer avec Hercule en 2021, un projet de restructuration de ses activités qui a vu le jour il y a près d’un an et demi maintenant. Si la direction du groupe et l’exécutif placent en ce projet de solides espoirs de réduire les dettes du fournisseur historique, ses syndicats remettent en cause la légitimité d’Hercule. Voici ce que vous devez savoir sur ce projet contesté, en marge de la quatrième journée de grève du mardi 19 janvier prochain, la quatrième depuis le mois de novembre.

Qu’est-ce que le projet Hercule ?

Vers une séparation des activités chez EDF

Initié par le gouvernement et amorcé par la direction d’EDF, le projet Hercule prévoit une séparation pure et simple de l’entreprise et de ses activités. De cette réorganisation naîtrait trois branches distinctes, à savoir : 

  • EDF bleu qui serait toujours détendu par l’État et qui continuerait à gérer les activités nucléaires et celles du réseau du transport d’électricité (RTE) ;
  • EDF vert qui, comme son nom l’indique, serait en charge des énergies renouvelables et leur distribution (un tiers du capital d’EDF vert sera coté en bourse) ;
  • EDF azur en charge des barrages hydrauliques.

Pourquoi les salariés ne voient pas Hercule d’un bon œil ?

Cette restructuration est mal accueillie par les salariés du fournisseur historique qui dénoncent, dans une lettre adressée à Emmanuel Macron rendue publique par Reuters, un projet Hercule « conçu avant la crise sanitaire sur des fondamentaux strictement financiers et de concurrence mercantile ».

Ils pointent du doigt la (partielle) privatisation du groupe, notamment d’EDF vert, et une nationalisation des pertes. « L’électricité est un fluide vital à notre époque, que ce soit pour le chauffage, les véhicules ou le numérique, et aiguise par conséquent tous les appétits. Ce plan veut détruire l’EDF historique et publique de 1945, qui est pourtant structurant, et ce uniquement pour des motifs financiers », expliquait Vincent Rodet (CFDT) au Parisien en septembre 2019.

Un bras de fer entre les organisations syndicales et le gouvernement

Des grèves à répétition depuis l’annonce d’Hercule en avril 2019 

Hercule faisait déjà couler beaucoup d’encre dès octobre 2019 : un communiqué de l’intersyndicale du groupe se félicitait de la « confirmation d’un mouvement désormais ancré […] avec de nombreux collectifs de travail en grève à 100%, un taux supérieur à 30% pour EDF SA, plus de 20.000 signatures de pétitions recensées sur toutes les générations de salariés ».

Ces grèves répétées ont eu des conséquences non négligeables sur la production d’électricité nucléaire de l’année 2020 , déjà impactée par la crise sanitaire de la COVID-19. Plus récemment encore, le projet a fait grand bruit. La grève des jeudi 26 novembre et 10 décembre ont respectivement mobilisé 31,6% et 23% des effectifs d’EDF, quand celle du 17 décembre entraînait une baisse de production de près de 10 GW sur la journée.

Une autre grève, prévue pour le 19 janvier, verra les syndicats d’EDF demander une nouvelle fois à Emmanuel Macron de faire marche arrière sur un projet mobilisant désormais la CFDT, la CGT, FO et la CFE-CGC. 

C’est un tout autre son de cloche qui résonne du côté du gouvernement qui soutient le projet. Bruno Le Maire estime qu’EDF « va dans le mur » si cette réorganisation ne s’opère pas. Le ministre de l’Économie se veut transparent avec les différentes organisations syndicales et assure qu’il compte revenir vers elles « dès lors que nous aurons une vision plus claire de la position définitive de la Commission européenne ».

Où en est le projet Hercule menaçant la production d’EDF ?

Hercule n’est pas encore officiellement validé bien qu’il fasse parler de lui depuis avril 2019, date à laquelle l’exécutif à annoncé le projet. Cet éclatement dépend avant tout de l’entrée en vigueur d’une autre réforme, celle d’une nouvelle régulation de l’Arenh (Accès réglementé à l’électricité nucléaire historique), revu à la hausse par Bruxelles, qui permettra à EDF de vendre de l’électricité à un prix plus élevé (et variable) aux fournisseurs concurrents pour financer sa production d’énergie nucléaire et éponger ses dettes. 

Certains représentants de syndicats tels que Vincent Rodet voient en cette nouvelle régulation et le projet Hercule un arrangement entre EDF et la Commission européenne rendu possible par la France : « On commence à comprendre qu’il y a des discussions informelles à Bruxelles et qu’on risque d’être mis devant le fait accompli. » Cela n’empêchera pas les salariés de se battre pour empêcher la privatisation du groupe qui compte mettre en place un plan d’économie de 500 millions d’euros d’ici 2022.

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